Après une nuit en mer, le bateau s’est
arrêté calmement, sans nous réveiller, au milieu de la baie. Surprise de
découvrir les montagnes autour de nous, et le joli port de Vaitape, en tirant
les rideaux.
Sophie nous a dit que c’était la
plus belle île de Polynésie française. J’ai souvent peur d’être déçu, et je n’ose
pas imaginer comment elle pourrait être plus belle que Moorea.
Les chaloupes nous emmènent jusqu'au
débarcadère. Sur les conseils de Chamadou (Forum-voyage), nous avons réservé
une excursion par nous-mêmes. Nous faisons confiance à Nono pour cette journée.
A 9h30, sa pirogue à balancier, équipée d’un moteur Yamaha silencieux,
approche. Nous embarquons immédiatement. Les deux matelots sont souriants et
costauds.La première étape est une halte au bureau de la société Nono, un peu plus loin, après un promontoire sur la gauche de la baie, pour payer notre journée et emprunter masques et tubas.
L’arrêt suivant se fait aux abords
d’une petite île, au-dessus du Jardin de Corail. La profondeur de l’eau est de
3 m, aussi, nous pouvons nager en surface sans craindre, ni de nous écorcher
les genoux, ni de briser les coraux et déranger les poissons qui s’y abritent.
Comme on n’a pas pied, et qu’elle n’est
pas encore très aguerrie au port du masque et du tuba, Marie préfère ne pas
descendre du bateau. Elle va se régaler à faire des photos.
Je me régale à glisser en douceur
au-dessus de cette merveille. Pouvoir regarder dans l’eau sans avoir à sortir
la tête pour respirer me donne un sentiment de confort, et de sécurité enivrant.
Je me souviens des mêmes sensations, il y a des années en Corse. De simples
brasses lentes suffisent, sans me servir des jambes, pour survoler ce jardin
sous-marin.
Les couleurs de coraux ne sont pas
aussi variées que je l’imaginais, mais leurs formes, et, surtout la population
de poissons multicolores sont un émerveillement. Quelques anémones de mer parsèment
le jardin.
Le temps s’écoule trop vite et nous
partons pour le repas des requins. Légèrement au large de la lagune.
Ils sont plus gros que ceux d’hier.
Et plus dangereux. Nos animateurs tendent une corde entre deux bateaux et nous
demandent de bien rester derrière en tenant la corde. Je pense que c’est un bon
moyen de nous empêcher de faire des mouvements brusques et de toucher ces
gentilles bêtes.
Dès qu’ils jettent du poisson, c’est
la curée et nous avons tout un groupe de requins qui passent devant nous. Leurs
ailerons bicolores dépassent de la surface de l’eau, et le spectacle est
presque aussi beau du bateau. Marie se régale encore de photos. Elle ne sait
pas encore qu’un faux mouvement, en remontant l’échelle glissante du bateau,
lui provoquera quelque douleur dans les jours qui viennent.
Des raies sont attirées, elles aussi
et c’est toute cette région qui s’agite. Elles nous passent entre les jambes. Pour
ajouter à la mise en scène, le ciel se peuple de frégates qui plongent pour
prendre leur part de poissons. Les frégates plongent au ras de l’eau sans se
mouiller les ailes. Je n’avais pas encore remarqué.
J’essaie de m’imprégner de ces
sensations et de ces images, car rien ne permet de les imprimer ou de les retranscrire
avec exactitude, ni les mots, ni les photos, ni même les vidéos.
C’est l’heure du déjeuner. Nono
possède un abri sous les arbres qui bordent la lagune et son étroite plage.
Nous nous y retrouvons bientôt pour le déjeuner. Pendant que nos hôtes
préparent le repas, nous profitons du sable blanc et de l’eau claire. Attention
aux coups de soleil.
Au menu, de l’espadon grillé sur un
feu de fibre de coco, une salade d’aileron de requin, du manioc, et, en dessert,
des bananes cuites dans le lait de coco, un cake à la noix de coco, et des pastèques,
pamplemousses, et ananas cueillis le matin même. Les fourchettes sont nos
doigts et les couteaux nos dents. Les assiettes, deux feuilles de bananiers superposées
sur des palmes tressées en forme de plateau. C’est beau, léger, solide,
pratique. On mange les plats salés sur la première feuille, puis on la jette pour
prendre le dessert sur la seconde. A la fin, le support tressé se garde pour le
prochain repas.
Démonstration d’épluchage et d’ouverture
d’une noix de coco. Son enveloppe de fibre ne résiste pas à celui qui sait
comment s’y prendre, non plus que sa dure carapace. Le seul outil est un bâton
en bois très dur, taillé en pointe d’un côté pour s’enfoncer dans le sol et
taillé en sifflet de l’autre pour trancher et arracher la fibre, et utilisé
comme massue pour faire éclater la noix en deux parties.
L’eau de coco n’est bonne à boire
qu’avant la maturité de la noix. Quand elle est mûre, il vaut mieux la jeter,
mais en rappant la chair blanche et en la pressant dans la main, on en extrait
le délicieux lait de coco.
Une démonstration de danse vient
compléter notre apprentissage de Tahiti, dans une très bonne ambiance.
Ici, la pluie a le sens du
tourisme. Elle tombe pendant notre déjeuner sous l’abri, puis se retire au loin
pour faire des arcs en ciel dans la suite de la journée : un tour complet
de l’île devant les plus grands hôtels et leurs pavillons les pieds dans l’eau.
Un dernier bain au milieu des raies, et la journée s’achève.
Le Deliziosa nous attend pour la
suite du voyage. Je surveille depuis le pont 11 la sortie par la passe étroite bordée de récifs.Direction Tonga, dans trois jours.







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