Cette nuit, nous franchissons
successivement une ligne de changement d’heure et une ligne de changement de
date.
Aujourd’hui, notre montre marque 10
heures de moins qu’à Greenwich, demain elle marquera 13 heures de plus.
En fait, c’est très simple.
Regardons ça tranquillement. C’est une question de soleil.
Nous trouvons tous très pratique de
dire qu’il est midi quand le soleil est juste au-dessus de nos têtes, donc, il est
nécessaire de tenir compte de notre position sur la terre pour régler notre
montre. Plus on va vers l’ouest, plus le soleil met de temps pour arriver sur
notre tête, car il se lève à l’est.
Plus il faut retarder notre montre,
pour l’attendre.
En ce moment, quand il est midi à
votre montre, et que le soleil est bien haut dans le ciel de France, sur notre
bateau, dans l’ouest du Pacifique, le soleil est encore bien loin. Il ne sera au-dessus
de nous que dans 11 heures. Pour que nos montres restent en accord avec le
soleil, il a fallu les retarder d’une heure déjà 11 fois au cours de notre
voyage. Quand il est midi à Paris, ma montre indique 1 heure du matin. Je dors
encore profondément au milieu de la nuit.
Nous sommes maintenant très
habitués à ça. Onze fois déjà, nos nuits ont été plus longues d’une heure. C’est
plutôt agréable de faire une grasse matinée en toute bonne conscience. Notez
bien que onze de nos jours ont donc été plus longs d’une heure.
Comme il n’y a pas de raison de changer
ce qui fonctionne, nous continuerons comme ça jusqu’au bout. Et quand nous
arriverons à Marseille, ce sont 24 jours qui auront été plus longs d’une heure.
Nous aurons donc un jour d’avance. A force de retarder 24 fois nos montres, le
30 avril, en arrivant à Marseille, nos montres marqueront la bonne heure, mais
leur dateur indiquera le 29 avril.
C’est ce qui est arrivé aux
premiers explorateurs. Il manquait une journée dans leur cahier de bord, et les
savants de l’époque ont eu bien du mal, à comprendre d’abord, puis à expliquer
pourquoi à leurs contemporains.
En fait le pourquoi est simple :
dans le langage courant nous appelons « jour » un cycle complet du
soleil, c’est à dire un jour plus une nuit ; nous passons à la page
suivante de notre carnet de bord quand le soleil se lève. Nous comptons les
levers de soleil, et non les heures.
Pendant notre voyage, la terre fait
exactement 113 tours complets, et Marseille voit 113 fois le soleil se lever.
Pendant le même temps, nous faisons un tour de la terre dans le sens opposé.
Entre deux levers de soleil, nous passons chaque « jour » un peu plus
de temps. Nous voyons le soleil se lever exactement 112 fois. Très exactement ce
sont les 24 jours où nous avons reculé nos montres, qui ont duré une heure de
plus. Nous retombons sur nos pieds, puisque 24 fois une heure, ça fait bien un
jour normal. 112 fois un jour plus long équivaut à 113 fois un jour normal. Si les
jours sont plus longs, il en faut moins pour faire le même voyage, et nous remplissons
la page du 29 avril de notre carnet de bord quand nous arrivons à Marseille.
Comme Magellan. Mais nous saurons l’expliquer.
La solution adoptée vers 1880 par
tous les pays du monde est la « ligne de changement de date ».
Au lieu d’attendre d’être à
Marseille pour avancer subitement notre montre au 30 avril, nous l’avançons d’un
jour quand nous franchissons la ligne internationale de changement de date
(International Date Line).
Le tableau suivant va maintenant sembler
simple à comprendre. Cliquer pour l'agrandir.
| Correspondance des heures - Cliquer pour agrandir |
On utilise dans le tableau les
lettres UTC (Universal Time Code) pour désigner la position de notre fuseau
horaire par rapport à la référence de Greenwich. Nous passons donc ce soir de
UTC -10 à UTC +13.
Demain, nous serons après-demain.
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