Ce ne sont pas des danses
tahitiennes, ce n’est pas un rêve, ce n'est pas le bateau qui corne, j’entends faiblement le rythme lancinant,
mais quand j’ouvre un œil, puis la porte du balcon, le son envahit la cabine.
Quel réveil agréable. Le bateau n’est pas encore complètement à quai, il avance
au pas, en se serrant très lentement contre les pare-battages.
En face de notre cabine, juste en
dessous, un polynésien et son jeune fils de 7 à 8 ans, en pagne traditionnel,
frappent avec ardeur sur un énorme tambour, un tronc évidé.
Un souffleur fait résonner sa corne et en tire des sons impressionnants.
Des danseuses en
costume se sont alignées sur le quai et saluent de la main les touristes qui se
réveillent et sortent au balcon. Nous appelons nos amis qui ont des cabines
sans balcon. Ils nous rejoignent.
Les danses commencent. Pendant plus
d’une heure, vont se succéder des danseurs, des danseuses, des musiciennes, et
une animatrice tongienne commente ces danses grâce à deux énormes haut-parleurs
disposés sur le quai pour nous. C’est le plus bel accueil que nous ayons eu
jusqu'à ce jour.
Quand nous descendons du bateau,
ils sont partis en nous promettant de nous revoir ce soir.
La matinée est tranquille. Nous
marchons dans la ville jusqu'à la poste, puis prenons un lait de coco à la
terrasse d’un café, sous un gigantesque « rain tree » arbre de la
pluie.
Le Royaume de Tonga a perdu son roi
dernièrement et le prochain sera intronisé dans quelques semaines. Le palais
royal est fermé. Nous l’avons vu du bateau, maintenant nous passons devant sa
façade latérale. C’est une grosse maison bourgeoise en bois, pas un grand palais
de marbre, à la dimension d’un royaume de 110 000 habitants, mais il est
élégant et superbement entretenu, au milieu d’une immense pelouse arborée.
Le car s’arrête un instant devant le tombeau des douze rois de Tonga. Bel ensemble monumental pour une si petite île.
En début d’après-midi, nous nous enfonçons
en car dans le centre de l’île. J’aime découvrir la campagne, je l’ai déjà dit,
les fermes en disent beaucoup sur la vie d’un pays. Ici l’agriculture se
concentre sur les noix de coco et les bananes.
Nous arrivons sur la rive d’une
baie profonde. C’est là que James Cook a amarré son canot pour rendre visite au
roi indigène, en 1777, lors de son troisième tour du monde. L’arbre est mort,
mais il existe à sa place un petit monument. L’histoire raconte que le roi l’avait
invité à déjeuner pour l’éliminer ensuite, mais qu’il fut conquis par la
gentillesse et le caractère droit du navigateur, et devint son grand ami. Cook
appela ces îles, les îles de l’Amitié.
Le village situé à cet endroit s’est
organisé pour montrer aux visiteurs quelques gestes traditionnels.
Nous assistons à la préparation de
viande de bœuf au lait de coco cuite à l’étouffé dans des feuille de bananier.
Vous prenez une jeune feuille de bananier, vous mettez au centre votre viande
de bœuf (préparée comme du corned beef), vous repliez la feuille en forme de
bol et vous versez du lait de coco. Vous la fermez du mieux que vous pouvez et
empaquetez l’ensemble dans une seconde feuille plus épaisse, soigneusement
pliée et fermée avec un lien végétal. Vous préparez un paquet comme ça pour
deux ou trois convives. Par ailleurs, vous avez creusé dans le sol un « umu »,
four en forme de cuvette hémisphérique, de 50 cm de profondeur et de 1 m de
diamètre. Vous y avez déposé de grosses pierres et des enveloppes de noix de
coco en quantité, que vous laissez brûler une heure. Vous retirez les reste de
coco, et déposez vos sachets de viande ainsi que des pains d’arbre à pain que
vous avez coupés en deux, sur les pierres, vous recouvrez le tout de branches
et de larges feuilles de bananier humides jusqu’à bien isoler le four. Une
heure plus tard, vous découvrez, retirez les pains et les sachets cuits à la
vapeur. Vous les ouvrez et dégustez la viande avec la feuille la plus
intérieure, qui a cuit avec la viande et le lait de coco.
Nous goûtons aussi aux fruits
frais, ananas, pamplemousses, bananes, tous délicieux.
Le plus intéressant est le temps
passé à découvrir la confection de tissu à partir de l’écorce d’un arbuste dont
je n’ai pas retenu le nom. Le travail occupe environ 12 femmes. C’est un
travail collectif. La bande d’écorce, de 5 cm de large environ, est battue avec
un marteau en bois rainuré sur une poutre qui sert d’enclume. Petit à petit, l’écorce
s’aplatit et s’étire. Elle est ensuite pliée en deux et on recommence, puis en
quatre, etc… Quand la femme qui procède à ce battage déplie le tissu produit,
la bande d’écorce est devenue un tissu de 60 cm de large. Avec une colle de
manioc, plusieurs pièces de ce tissu sont assemblées avec un léger recouvrement,
et les trous éventuels bouchés, pour constituer à la fin une pièce uniforme de
plus de 5 m sur 5 m. Cette pièce est attribuée à tour de rôle à une des femmes
du village qui donne de son temps pour cette confection collective. Elle sert à
la confection des robes, des pagnes, des nappes…
Après cette plongée au cœur des
coutumes encore bien vivaces des tongiens, le chauffeur fait un détour, non prévu
au programme, pour voir le stade de l’équipe de rugby du Tonga. Il est à la
dimension de l’île : une simple tribune couverte d’un côté, et des talus
qui servent de gradin sur le reste du stade. Malheureusement, les joueurs ne
sont pas à l’entraînement. Nous ne les voyons pas.
Le retour sur les quais nous amène
à traverser les tentes des artisans qui vendent des objets en bois, des vêtements
colorées, et des petites amulettes, comme on en voit sur toute la Polynésie.
Après les conférences du Professeur Carlo, je me suis familiarisé avec leurs
formes et leur trouve maintenant un style qui me plait bien, il faudra que je m’en
achète une.
Dernière surprise bien agréable.
Les danseurs et danseuses sont revenus nous dire au revoir. Leur musique leurs
chants et leurs danses vont nous accompagner jusqu’au départ du bateau.
Au moment du départ, ils sont tous
alignés sur le bord du quai et nous font de grands signes.
Assurément nous avons tous été
touchés de l’accueil des tongiens, et ils nous disent au-revoir comme si nous
nous étions toujours connus.
C’est le plus bel accueil que nous
ayons eu jusqu’à présent, et il sera difficile de faire mieux ailleurs.
Leurs grands signes nous accompagnent
longtemps. Nous sommes déjà à plusieurs kilomètres quand ils se retirent et que
les quais se vident.
Belle journée, riche en découvertes
et en émotion.




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