Ce blog parle de notre voyage autour du monde austral du 7 janvier au 30 avril 2015.
Nous sommes heureux de vous y faire partager nos préparatifs, nos récits et nos photos.
A lire de préférence en partant de la date la plus ancienne, pour garder le fil.
NOUVEAU : Plein de photos et des cartes ajoutées progressivement aux pages d'origine.
(16/10/2018 : jusqu'à Moorea).

mercredi 28 janvier 2015

Buenos Aires

Il pleut. 
Il pleut plutôt fort. 
Le ciel est bouché, dans toutes les directions. 
Les manœuvres d’accostage se terminent. Le port est encombré. En face de nous un immense porte-conteneur est en cours de chargement.
Au petit déjeuner, avec Martine et Michel, nous sommes d’accord : nous sommes allés au bout du monde pour le découvrir, ce n’est pas la pluie qui va nous arrêter. D’autant que nous avons prévu les Kways. Nous allons donc occuper notre journée libre en ville comme prévu.

Le port est interdit aux piétons, des autobus navettes vont et viennent nuit et jour pour nous emmener à la porte du terminal 3. Nous sautons dans le premier. Au terminal, le bijoutier Stern offre des navettes gratuites pour le centre-ville, habile initiative : le prix à payer est une visite à son magasin. Bijoux beaucoup plus agréables au regard qu’au portefeuille, vendeuses serviables, petit cadeau en forme d’étoile (Stern en allemand). Nous remercions beaucoup, et sortons. 
L’entrée de la rue Florida est occupée par les changeurs de dollars au marché noir : 12 pesos au lieu de 8 pour 1 $. Signe d’une économie qui n’est pas encore stabilisée. Cet étudiant nous hèle discrètement. Il nous semble digne de confiance et nous emmène dans une boutique de vêtements. La caissière nous change nos billets rapidement. Ce qui sera moins rapide, c’est l’essayage et le choix de la couleur des « twinsets » qui ont tapés dans l’œil de nos femmes. Avec ce taux de change, les prix sont avantageux. 
La rue Florida est piétonne, c’est la rue des touristes. C’est aussi la rue de la grande Galerie Atlantico, magnifique galerie couverte d’une grande verrière et d’une belle coupole peinte. 
Après un déjeuner chez ILC (Il Gran Cafe), c’est dans cette grande galerie que nous nous mettons à l’abri de la pluie. Un Parly II en miniature dans un bâtiment classé monument historique.

Musée de l’art hispano-américain
La pluie tombe moins dru. Le museo de Arte Hispanoamericano, rue Suipacha, n’est pas trop loin. Nous traversons à pied le square qui longe l’avenue Santa Fe, passons devant la statue du General San Martin, héros de la libération du pays, et nous y voilà bientôt. C’est un petit musée en deux parties. D’abord, l’histoire de l’art des trois populations indienne, africaine, et espagnole, et des trois civilisations : des Andes, de la forêt et des côtes de l’Altlantique. On y est frappé par l’unité des objets marqués par la toute-puissance de la religion catholique qui impose ses représentations. 
 Ensuite, l’art contemporain : un festival de formes et de couleurs. Les thèmes sont très variés, mais les nombreux et superbes « arbres de la nativité », sortes de crèches verticales, nous ramènent à la religion principale de l’Amérique latine.

Soirée tango
Il est temps de rentrer au bateau pour se changer. Ce soir, c’est la fête. Nous retrouvons en ville notre camarade de promotion Pierrot que nous n’avons plus vu depuis 40 ans. Connaissant notre projet, Monica et lui nous ont invités tous les quatre à un dîner à la Esquina Homero Manzi.
La pluie a cessé. Le taxi dit que demain il fera grand soleil. Le taxi connait l’adresse et nous dit que c’est un bon choix pour manger de la viande argentine et regarder un vrai spectacle de tango.
Nous arrivons avant Pierrot et prenons place comme convenu. La table est juste en face de la scène. On ne peut être mieux placé. A peine le temps de retirer nos Kways que Pierrot arrive. Encore une fois, le miracle se produit, avec ce copain comme avec tous ceux que nous avons retrouvés ces dernières années. C’est comme si on reprenait notre conversation d’hier. Pierrot n’a pas changé, toujours sportif, souriant et attentif. Pierrot n’a rien perdu de ses valeurs, Monica fait cadeau à nos épouses d’un magnifique livre sur l’Argentine, dédicacé avec attention.
C’est Monica, native d’Argentine, qui choisit le menu et commande les vins. Excellent choix de la pièce de bœuf argentin, tendre et saignant comme je l’aime. 
Je ne pourrai pas décrire la bonne glace que nous avons en dessert : la salle s’est éteinte et le spectacle commence.
Un régal, sans la moindre fausse note. Décor de cabaret 1930, enfumé, éclairage tamisé, piano peint, un énorme panneau accroché au plafond par deux chaines avec Esquina Homero Manzi écrit en grandes lettres cursives rouges. Le pianiste est discret mais efficace, le contrebassiste passe sans transition du pizzicato à l’archet et marque le tempo de la main sur la caisse de son instrument, le guitariste est manifestement le chef du groupe, ses solos arrachent les tripes, le joueur de bandonéon est l’acteur principal, il donne en virtuose son caractère particulier à toute cette musique, la violoniste, sous une douche de lumière qui fait ressortir ses doigts, nous entraîne au loin.
Le chanteur qui ouvre le spectacle n’est plus tout jeune. Avec efficacité et un certain charme, il nous met immédiatement dans l’ambiance. Il est vrai que les sons de l’espagnol sont faits pour le tango. A moins que ce ne soit le contraire.
La chanteuse est plus jeune. Elle a du chien. On croit deviner sous sa robe un peu trop tendue, la promesse d’un heureux événement. La voix est aussi ferme que son caractère et je n’ai pas besoin de comprendre l’espagnol pour deviner le sens des paroles. A moins que cette ignorance, qui attise l’imagination, n’ajoute à l’atmosphère.
Enfin les couples de danseurs, attirés par la musique et la lumière, occupent soudain le plateau, et se mettent à vivre leur danse sans se soucier du regard indiscret du public. Charme secret du tango, qui pourrait devenir vulgaire au moindre faux pas et qui nous hypnotise par son audace, sa fraicheur, et sa vérité. Les danseurs sont beaux, les cheveux gominés et les moustaches viriles, les danseuses sont belles, les jupes très fendues, les jambes très longues, et les talons trop hauts. Leur complicité transpire, et leur jeu subtil fonctionne. Le spectacle est huilé. On ne sait plus qui danse, du musicien, de la lumière, de la fumée, du danseur, du souffle du spectateur, de la musique, ou du tango. Le rideau retombe trop tôt sur le rêve. La lumière froide de la salle éclaire brutalement la réalité.
Il est déjà 1 h du matin. Nous quittons à regret, le lieu, le tango, le bœuf argentin, Monica, et notre ami Pierrot. Avec un beau souvenir, et un grand merci à nos hôtes d’un soir.

La nuit sera courte, l’excursion du matin part de bonne heure.

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