Je
me réveille trop tard pour assister à l’entrée dans le port. Le retour à l’heure
d’été de l’Uruguay nous a fait perdre une heure de sommeil. Nous sommes à
proximité de l’immense bâtiment des douanes, d’un style très stalinien.
Susana
est retraitée de la fonction publique. Elle est fille d’un ouvrier qui s’est
saigné pour lui permettre de faire ses études de professeur de français. Son
regard sur la succession des régimes conservateurs, dictatoriaux, puis
socialistes est intéressant. Le pays riche de l’élevage et du tourisme est aux
mains des propriétaires terriens, mais l’union nationale qui a permis d’abattre
la dictature militaire donne sa chance aux plus défavorisés. L’école est
gratuite et obligatoire, la santé est une priorité, bref, on sent un pays qui a
envie de s’en sortir et qui travaille. Le chômage a été divisé par quatre en
une dizaine d’années.
Ce
que Susana nous montre de la ville est dans la droite ligne de ce que nous
avions vu à Punta del Este. Ville propre, organisée, administration structurée,
police présente. Pas de favelas visibles.
Le
centre-ville ancien n’est pas très beau, mais rappelle l’histoire de la ville,
ce port en eau profonde que se disputèrent espagnols, portugais, anglais, puis argentins,
brésiliens, avant de prendre son autonomie de « République Orientale de l’Uruguay »,
vrai nom du pays.
Le
palais du parlement, plus loin au nord-ouest est magnifique. Son style très
particulier le rend reconnaissable entre tous. Il est surmonté d’une lanterne
carrée formée d’un portique de cariatides. L’intérieur est riche et peintures et
bas-reliefs rappellent l’histoire du pays ou symbolisent ses valeurs :
science, art, justice, …
Le
quartier du Prado est riche et les plus belles maisons bordent un grand parc.
La Diligence, sculpture du grand artiste José Battle y Ordoñez est un monument
célèbre en Uruguay.
Son deuxième chef-d’œuvre, la Charrette est à quelques
kilomètres. On y va.
Nous traversons les quartiers les plus beaux pour terminer par une partie des 22 km de plage de la ville.
La sortie du port est un exercice de style.
Comment faire pivoter sur place un bateau de 300 m dans un carré de 350 m de côté, pour sortir par un chenal qui est au milieu d’un côté. Eloigner le bateau du quai d’environ 150 m parallèlement à celui-ci. Mettre en jeu les hélices latérales avant, pour effectuer la rotation sur place. S’assurer que la rotation se fait bien autour du centre du navire en immobilisant ce centre par un remorqueur en appui, qui sert de pivot. Conserver aux propulseurs arrière qui sont braqués pour la rotation, une autonomie suffisante pour arrêter toute dérive en avant ou en arrière.
Arrêter
la rotation quand on est face à la passe, sans la dépasser d’un moindre pouce.
S’enfoncer dans cette ouverture et se préparer aux deux virages suivants, l’un
à gauche et l’autre à droite, cette fois sans remorqueur, un jeu d’enfant. Le
cap pris et précis, le chenal fait moins de 250 m de large, bordé de bouées
rouges et vertes. Il nous mène vers l’embouchure du Rio de la Plata. Puis nous
prenons le cap vers Puerto Madryn.
Cette nuit, nous revenons à l’heure de l’Argentine :
TU-3. Trois heures de décalage avec le méridien de Greenwich, 4 h avec la France.





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