5 h 30. Lumière dehors ; les quelques nuages de
l’ouest rosissent. Côté babord le soleil doit se lever bientôt. Marie dort.
Je
m’habille très vite et monte sur le pont 11. Le ciel est bien rouge et
j’attends de voir le premier rayon de soleil, cette minuscule tache brillante
qui va s’étendre très vite.
Déception. Le lointain horizon est dans une couche de nuages. Les couleurs virent lentement au jaune, des nuages s’illuminent. Ils reçoivent ces rayons que j’attendais. Mais on ne verra pas le soleil avant une bonne demi-heure. Je ne l’ai pas vu se lever.
Déception. Le lointain horizon est dans une couche de nuages. Les couleurs virent lentement au jaune, des nuages s’illuminent. Ils reçoivent ces rayons que j’attendais. Mais on ne verra pas le soleil avant une bonne demi-heure. Je ne l’ai pas vu se lever.
L’important est que le reste du ciel soit bleu. On
verra le Cap Horn.
La mer est très calme, très légère houle, pas de
moutons au sommet des vagues. Mais un froid glacial dont je prends soudain
conscience.
Je redescends à la cabine.
Au moment d’annoncer à Marie, qui s’éveille, que le
temps sera beau, je ne vois plus, par la fenêtre, qu’un épais brouillard. On ne
voit pas à plus de 20 mètres. Je suis sidéré de la vitesse à laquelle le temps
change. Et j’ai soudain très peur de passer devant le Cap Horn sans le voir.
Nous nous préparons pour aller au petit déjeuner.
Quand nous arrivons dans la salle à manger, le ciel est bleu. Je reprends
espoir, mais je deviens prudent.
Vers 9 h, on voit la terre. La pointe Est de la
Terre de Feu. Le détroit de Le Maire est proche. Sur notre gauche, l’île des
Etats. C’est sur son extrémité sud que se trouve le phare du bout du monde,
dont parle Jules Verne. Sur une carte, c’est l’extrémité de la queue du dragon
dessiné par l'Amérique du sud.
Je passe deux heures sur le pont, en plein vent, il
fait 7°C. Mon gros blouson d’hiver est efficace, mais j’ai les mains gelées, à
tenir appareil photo et GPS.
Enfin, je sais que je vais voir, à la sortie de ce
détroit, la Baie de Bon Succès de Cook. Je ne sais pourquoi, mais j’ai
particulièrement envie de voir cet endroit, le premier où nous serons
exactement sur les traces d’un des plus grands explorateurs. Cook s’y est
ravitaillé en eau douce et y a réparé ses bateaux lors de son premier tour du
monde. Et la voilà sous mes yeux, elle est plus large et plus profonde que je
ne me l’étais imaginé.
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| Bais de Bon Succès |
Mon GPS indique maintenant une direction différente de celle qui figure sur la carte du commandant affichée hier soir. Encore une bonne nouvelle. Si le commandant choisit la pleine mer plutôt que la voie côtière, c’est que le temps va être clément et nous serons au but plus tôt que prévu.
Nous y seront vers 16 heure d’après mes calculs, et
c’est ce que le commandant confirme à midi pendant le déjeuner, par les
haut-parleurs du bord.
Dès trois heures, sur le pont 11, l’air est si pur
que nous voyons les montagnes qui bornent le canal de Beagle au nord, à plus de
60 km, et toutes les îles qui nous en séparent. Devant, nous voyons, dans une
magnifique perspective des couleurs, des gris qui deviennent de plus en plus
clairs et bleutés, une succession d’îles, l’archipel parmi lequel est la
mythique falaise. J’ai beau avoir lu les textes, et vu de nombreuses gravures,
je n’ose pas reconnaître le Cap de loin. Pourtant on le voit déjà.
Je suis
entouré des amis et des curieux qui veulent lire la carte de mon GPS et
m’interrogent : vous qui semblez bien savoir où nous sommes, est-ce ce
rocher, ou bien cette île, ou plutôt ce promontoire ? Chacun a envie d’y
être déjà, et 60 km nous séparent encore du point le plus au sud. L’air est si
transparent que tout paraît proche.
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| La grande pyramide tout à gauche, domine, au loin, le Cap Horn |
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| Carte en relief et en perspective de Google Earth - relevé GPS de notre trajet exact en orange |
Jusque-là, je n’avais rencontré qu’une poignée de passionnés. Nous nous retrouvions, habituellement, toujours les mêmes, à regarder les manœuvres d’accostage ou de sortie de port, à noter les vitesses et les changements de cap, la position des balises et des phares. Du coup, le temps passe assez vite malgré le froid.
Nous n’avons plus aucun doute, maintenant, après un
dernier changement de cap, c’est le Cap Horn devant nous, ou plutôt l’Ile de
Horn.
Pour les uns le Cap c’est le point le plus au sud, sur lequel se brisent
les vagues, pour d’autres le sommet de la grande pyramide qui domine le sud de
l’île, pour d’autre c’est le phare qu’on commence bientôt à apercevoir sur une arête
rocheuse à droite de la pyramide :
pour
d’autres enfin, c’est cette balise de béton blanc, située entre les deux, plus près de l’eau :
Pour moi, ce sera le point le
plus au sud que je lirai dans un moment sur mon GPS. Mais peu importe.
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| Un cormoran impérial survole le bateau. |
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| Le phare du Cap Horn à droite, "Monumento al Cabo de Hornos" tout à gauche. |
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| Un albatros hurleur nous accompagne un instant |
| Mémorial partiellement détruit par une de tempête. On distingue encore en creux l'avant de la silhouette de l'albatros. |
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| Le Cap Horn - Petite balise sous le rocher à l'Est du dernier îlot (le halo est ajouté par photographe) |
Nous avançons, et sur le GPS, soudain, la latitude
arrête de décroître : 55°59'31" S.
Nous frôlons le 56ème parallèle. Nous sommes au
sud du Cap Horn, nous sommes face à l’ouest, nous sommes ... dans l’océan Pacifique ;
nous avons réussi... en plein soleil, sur une mer d'huile. Le vent est toujours froid,
mais tout le monde s’en moque. La corne de brume du bateau sonne pour saluer le
gardien du phare. Moment d’émotion.
Nous frôlons le 56ème parallèle. Nous sommes au
sud du Cap Horn, nous sommes face à l’ouest, nous sommes ... dans l’océan Pacifique ;
nous avons réussi... en plein soleil, sur une mer d'huile. Le vent est toujours froid,
mais tout le monde s’en moque. La corne de brume du bateau sonne pour saluer le
gardien du phare. Moment d’émotion.![]() |
| Photo devant le Cap Horn, mer calme et grand vent. |
Je pense à tous ces marins qui ont essuyé ici tant de tempêtes, trempés jusqu’aux os et épuisés ; bordant ou choquant les voiles, prenant des ris ou hissant un foc, avec leurs mains engourdies par le froid et crevassées par le sel, hurlant pour se parler sans réussir à couvrir le sifflement du vent dans les haubans, ni le claquement des voiles, effrayés par les éléments, balancés de plusieurs mètres dans tous les sens, sur les vergues du grand mat. Dans un moment je vais pousser la porte, me retrouver au chaud, sur une moquette épaisse, je vais descendre en ascenseur au pont 9, m’attabler devant une grande baie vitrée, et boire un bon café. Comment oser parler de ce moment, si fort pour moi, sans me sentir tout petit devant tant de courage et tant de détermination ?
Nous contournons l'île de Horn par l'ouest et le nord et revenons sur nos pas pour rejoindre Ushuaïa.
Nous repassons devant le phare. On le voit de bien plus près.
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| Phare du Cap Horn vu du nord-est. |













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