C’est l’impatience ou la curiosité
qui me réveillent. Je vais être énervé tout le jour, excité comme un enfant.
 |
| 3700 km - 5 jours de mer |
L’île Pâques est visible dans la pénombre, encore à vingt kilomètres. Je
m’habille et monte sur le pont 11. Je suis seul. Le vent me cueille sans
préavis. J’ai du mal à m’approcher de la rambarde, et je m’y accroche.
Avec un vent pareil, il est exclu
que les chaloupes puissent nous débarquer. Gaël le marin malouins passionné de
météorologie m’a expliqué que nous pourrions nous abriter derrière l’Île et que la houle serait légère dans cette baie. A cet instant précis, je voudrais
le croire, mais j’ai bien du mal.
Le bateau poursuit sa route, nous
arrivons à la pointe sud-ouest et nous la contournons. Je reconnais dans son
profil la forme du cratère volcanique que j’ai vu sur la carte. Comme par
miracle le vent se réduit. Le volcan nous abrite du vent de nord-est. Pourvu
que ça dure !
Le soleil n’est toujours pas levé,
mais la petite ville de Hanga Roa de se démasque petit à petit derrière la
pointe du Rano Kao. Un vrombissement familier perce le bruit du vent. Un avion
arrive sur nous, tous feux d’atterrissage allumés, il passe droit au-dessus du
bateau en nous aveuglant. Nous sommes exactement dans l’axe de la piste de l’Aéroport
International Mataveri.
 |
| Approche finale |
 |
| La plus longue piste du Chili |
Cette piste est la plus longue du Chili, un Concorde s’y
est posé quatre fois, et sa longueur en a fait une des pistes de secours de la
Navette Spatiale américaine.
La houle n’est plus creuse. Le vent
est plus doux, nous allons pouvoir débarquer.
Dans le soleil levant, j’aperçois sur
la plage un groupe de cinq Moaï accompagné de deux autres. Ils tournent le dos
à la mer, comme les tous les ancêtres qui sont
arrivés sur cette terre. Une photo au télé de 300 mm dans la lueur de l'aube.
 |
| Excursion sur l'Ile de Pâques |
Notre excursion nous propose un
tour de l’île et de ses points les plus exceptionnels. Mais tout est
exceptionnel sur cette île : sa géographie, l’histoire de son peuplement
par des aventuriers exilés des Marquises au 8
ème siècle, et son
culte des ancêtres poussé à l’extrême, au point d’utiliser jusqu’au dernier
arbre pour transporter ses immenses Moaï. Sans bois pour cuire les aliments, la
famine s’installe et la lutte contre les envahisseurs amérindiens est inégale. Après la
défaite de La Guerre (au 15
ème siècle), le culte des ancêtres cède sa place pendant
deux siècles à celui de l’Homme-Oiseau.
Plus tard, les espagnols arrivent dans une île quasi
inhabitable et leurs lapins et rats finissent d’anéantir la végétation en
mangeant les graines des arbustes. Les descendants des premiers peuples
représentent aujourd’hui la moitié de la population et possèdent les terres,
les autres viennent du Chili. La vie y est difficile. Le tourisme représente
une ressource majeure.

Les Moaï (pas de « s »
pour bien respecter la prononciation locale mo-ail) évoquent les ancêtres de
chaque famille et son dressés sur leur tombe pour protéger la famille. Une
famille riche peut avoir une plateforme comportant plusieurs de ses ancêtres.
On estime à 200 le nombre de Moaï taillés. Leur forme évolue dans le temps vers
plus de réalisme, et plus de hauteur. Les Moaï font de 5 à 21 mètres de haut.
 |
| Ma photo préférée |
 |
| Moaï encore dans sa roche |
Ce Moaï de 21 mètres n’a jamais été terminé et reste emprisonné dans la roche.
D’autres ont été abandonnés en cours de transport. Un Moaï n’acquiert du
pouvoir que lorsque ses yeux sont ouverts après érection sur son site
définitif.
 |
| Moaï avec les yeux ouverts |
Tous les Moaï ayant du pouvoir (dressés
et possédant des yeux) ont été renversés et mutilés pendant la Guerre. Ce sont
donc des statues couchées et presque toutes éborgnées que les européens ont
trouvées en arrivant.
Comme le lac Pavin, le Rano Kao est un immense lac
de cratère d'eau douce, où flottent les roseaux qui ont servi à l'expérience du Kon-Tiki, . Ce qui impressionne est sa
situation en surplomb de la mer. Le paysage est majestueux.
 |
| Lac de cratère du Rano Kao |
 |
| Les îles de l'Homme-Oiseau |
Les îles de l’Homme-Oiseau sont un
refuge pour les sternes fuligineuses, un oiseau rare. Pendant l’ère de l’Homme-Oiseau, chaque année, le chef de la famille du courageux nageur qui avait le
premier rapporté un œuf de sterne sans le briser devenait le roi de l’île. Il
fallait braver la descente de 300 m d’une falaise abrupte, nager plus d’un
kilomètre dans les vagues et le courant, attendre parfois des jours la ponte d’un
œuf, le loger dans une sorte de turban noué sur la tête et faire le trajet en
sens inverse. Sans mentionner un risque de requins.
La visite s’achève par un barbecue
sur la plage, retardé par une panne de notre minibus.
Difficile d'exprimer les sensations qui se bousculent, et la somme d'émotions procurées par cette journée. Il va falloir quelque temps pour mettre de l'ordre dans toutes les pensées qui me viennent.
A peine à bord, nous sentons le
bateau lever l’ancre. En route pour Pitcairn, après deux jours en mer, sans
événements notables.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire