Aujourd’hui, nous allons rencontrer
les descendants des révoltés de la Bounty. Le récit qu’en a fait Jules Verne est
un peu loin dans ma mémoire. Mais, bien avant notre départ, j’ai trouvé, au
Phare des Baleines de l’île de Ré, le récit de cette invraisemblable aventure
du 28 avril 1789 (Bounty, Les prisonniers
de l’évasion, Stéphane Attard, imprimerie Mingot, Marans). Je l’ai lu avec
plaisir et relu hier soir. J’ai grande envie de voir de mes yeux cette île, et
de rencontrer ses habitants.
Le soleil se lève à 6 heures. A
cette heure-là, nous devrions voir l’île au loin. A six heures moins dix, je
suis sur le pont. Dans la pénombre je ne distingue rien devant nous, mais le
ciel s’éclaire peu à peu et j’assiste à un beau lever de soleil, juste à l’arrière
du bateau.
Aussitôt l’île apparaît.
Je ne distingue encore que le haut des
falaises. Elle est à 50 km. Nous y serons à 8 heures comme prévu. Il fait beau.
Je passe presque tout ce temps sur le pont. Je ne voudrais pas manquer la
sortie de la chaloupe de Pitcairn qui amènera une délégation à bord.
Aussitôt l’île apparaît.
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| Un caillou au milieu de nulle part - Pitcairn |
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| Bounty Bay |
A 8 h, nous sommes face à la Bounty
Bay. C’est le seul endroit de Pitcairn où l’on puisse aborder avec des
chaloupes, et où l’on puisse monter depuis la mer sur les hauteurs, ou se
trouve la ville. Adamstown porte le nom de John Adams, le révolté qui a survécu
le plus longtemps grâce à sa grande sagesse et son sens de l’organisation et de
la vie d’une communauté. En fait de ville, ce sont quelques maisons cachées
dans les arbustes, qui abritent les 65 habitants de Pitcairn et hébergent parfois
quelques touristes de passage.
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| En approche, 25 des 65 habitants de l'île. |
J’ai pris avec moi le livre qui
raconte l’histoire de Fletcher Christian et de ses camarades. J’entreprends de
faire dédicacer la page qui donne la
liste nominative des révoltés.
C’est un moment intense de
rencontres courtes mais chaleureuses, avec ces gens qui vivent reclus toute l’année
sur un minuscule caillou volcanique. Ils parlent l’anglais et le pitkern, un
dialecte issu de l’anglais des marins et du tahitien de leurs épouses. Ils
comprennent ma demande, je leur explique
que j’ai lu cette histoire quand j’étais tout jeune et que je suis très heureux
de les rencontrer, ils m’expliquent leur lien de parenté avec ces ancêtres qui
ont choisi pour eux cette « prison d’évadés » et signent gentiment. La
famille Christian est représentée par cinq personnes, de la septième et de la
huitième génération.
Pour couronner le tout, Michel M. me donne l’idée de faire
apposer sur la page le tampon de la poste de Pitcairn avec la date, et pour
faire bonne mesure, le commandant du Deliziosa accepte d’y ajouter sa griffe.
Et voici un beau collector. C’est bien la première fois que je sollicite des
autographes.
Pendant ce temps, le Deliziosa fait le tour de l’île. Je ne m’en rends compte que plus tard, en regardant le tracé de mon GPS. Toute mon attention est captée par ces personnages, dont certains sont assez amusants.
A 11 h, les étals sont vides et les
sacs chargés de dollars en vrac entassés à la va-vite. Il ne passe que dix bateaux
de touristes par an. Tout est rangé rapidement. Quelques rations de vivres
offerts par le Deliziosa prennent, dans leur chaloupe, la place libérée par les souvenirs vendus. Nous
avons droit à de grands signes d’amitié depuis la chaloupe qui décrit un grand
cercle en guise d’adieu avant de prendre la direction de la minuscule crique.
Le Deliziosa corne trois fois et prend
le cap de Papeete. Il figurera peut-être sur la série de timbres de l’an
prochain.
Je reste ému et séduit par cette
rencontre, la chaleur des regards, et la gentillesse des mots échangés. Il m’est
très difficile d’entendre les activités du bord reprendre sans transition leur
agitation. J’ai besoin d’un moment de calme pour m’approprier ce très beau
moment. Nous allons, avec Marie, dans un coin calme du pont supérieur regarder
Pitcairn qui s’éloigne.
Je serre mon livre contre moi.








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