Ce blog parle de notre voyage autour du monde austral du 7 janvier au 30 avril 2015.
Nous sommes heureux de vous y faire partager nos préparatifs, nos récits et nos photos.
A lire de préférence en partant de la date la plus ancienne, pour garder le fil.
NOUVEAU : Plein de photos et des cartes ajoutées progressivement aux pages d'origine.
(16/10/2018 : jusqu'à Moorea).

mardi 24 février 2015

Pitcairn et les révoltés de la Bounty



Aujourd’hui, nous allons rencontrer les descendants des révoltés de la Bounty. Le récit qu’en a fait Jules Verne est un peu loin dans ma mémoire. Mais, bien avant notre départ, j’ai trouvé, au Phare des Baleines de l’île de Ré, le récit de cette invraisemblable aventure du 28 avril 1789 (Bounty, Les prisonniers de l’évasion, Stéphane Attard, imprimerie Mingot, Marans). Je l’ai lu avec plaisir et relu hier soir. J’ai grande envie de voir de mes yeux cette île, et de rencontrer ses habitants.
Le soleil se lève à 6 heures. A cette heure-là, nous devrions voir l’île au loin. A six heures moins dix, je suis sur le pont. Dans la pénombre je ne distingue rien devant nous, mais le ciel s’éclaire peu à peu et j’assiste à un beau lever de soleil, juste à l’arrière du bateau.
Aussitôt l’île apparaît.
Un caillou au milieu de nulle part - Pitcairn
Je ne distingue encore que le haut des falaises. Elle est à 50 km. Nous y serons à 8 heures comme prévu. Il fait beau. Je passe presque tout ce temps sur le pont. Je ne voudrais pas manquer la sortie de la chaloupe de Pitcairn qui amènera une délégation à bord.
Bounty Bay
A 8 h, nous sommes face à la Bounty Bay. C’est le seul endroit de Pitcairn où l’on puisse aborder avec des chaloupes, et où l’on puisse monter depuis la mer sur les hauteurs, ou se trouve la ville. Adamstown porte le nom de John Adams, le révolté qui a survécu le plus longtemps grâce à sa grande sagesse et son sens de l’organisation et de la vie d’une communauté. En fait de ville, ce sont quelques maisons cachées dans les arbustes, qui abritent les 65 habitants de Pitcairn et hébergent parfois quelques touristes de passage.

En approche, 25 des 65 habitants de l'île. 
Une chaloupe émerge de la digue de pierres noires et vient à notre rencontre, chargée de 25 personnes. Les autorités de l’île et les habitants viennent rencontrer le commandant du navire et vendre aux passagers souvenirs et timbres. Pitcairn a la réputation d’avoir de très beaux timbres.






Le Deliziosa a préparé une douzaines de tables pour qu’ils disposent leurs produits, dans les coursives autour de la piscine, un grand espace ouvert, et ce sont bientôt 1000 clients qui se bousculent pour avoir leur tee-shirt ou leur carte postale sur ce marché improvisé.


J’ai pris avec moi le livre qui raconte l’histoire de Fletcher Christian et de ses camarades. J’entreprends de faire dédicacer  la page qui donne la liste nominative des révoltés.
C’est un moment intense de rencontres courtes mais chaleureuses, avec ces gens qui vivent reclus toute l’année sur un minuscule caillou volcanique. Ils parlent l’anglais et le pitkern, un dialecte issu de l’anglais des marins et du tahitien de leurs épouses. Ils comprennent ma demande,  je leur explique que j’ai lu cette histoire quand j’étais tout jeune et que je suis très heureux de les rencontrer, ils m’expliquent leur lien de parenté avec ces ancêtres qui ont choisi pour eux cette « prison d’évadés » et signent gentiment. La famille Christian est représentée par cinq personnes, de la septième et de la huitième génération. 






Pour couronner le tout, Michel M. me donne l’idée de faire apposer sur la page le tampon de la poste de Pitcairn avec la date, et pour faire bonne mesure, le commandant du Deliziosa accepte d’y ajouter sa griffe. Et voici un beau collector. C’est bien la première fois que je sollicite des autographes.

Pendant ce temps, le Deliziosa fait le tour de l’île. Je ne m’en rends compte que plus tard, en regardant le tracé de mon GPS. Toute mon attention est captée par ces personnages, dont certains sont assez amusants.

A 11 h, les étals sont vides et les sacs chargés de dollars en vrac entassés à la va-vite. Il ne passe que dix bateaux de touristes par an. Tout est rangé rapidement. Quelques rations de vivres offerts par le Deliziosa prennent, dans leur chaloupe, la place libérée par les souvenirs vendus. Nous avons droit à de grands signes d’amitié depuis la chaloupe qui décrit un grand cercle en guise d’adieu avant de prendre la direction de la minuscule crique.

Le Deliziosa corne trois fois et prend le cap de Papeete. Il figurera peut-être sur la série de timbres de l’an prochain.
Je reste ému et séduit par cette rencontre, la chaleur des regards, et la gentillesse des mots échangés. Il m’est très difficile d’entendre les activités du bord reprendre sans transition leur agitation. J’ai besoin d’un moment de calme pour m’approprier ce très beau moment. Nous allons, avec Marie, dans un coin calme du pont supérieur regarder Pitcairn qui s’éloigne.

Je serre mon livre contre moi.

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